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La face cachée des États-Unis

09/09/2016

 

12 millions d'Américains ont vendu leurs maisons lors de la crise de 2008

15% vivent en-dessous du seuil de pauvreté

 

Inégalités, système scolaire en échec, surexploitation de la nature, judiciarisation, bavures policières. Le journaliste Michel Floquet dresse le portrait d'une nation américaine au bord du gouffre

Par PAR MAXIME LAURENT (Obs du 28/4/2016)

Décidé à en finir avec le rêve américain et conscient de heurter les « cénacles atlantistes de la bien-pensance actuelle », le directeur adjoint de l'information de TF1 s'est lâché : en quinze chapitres incisifs, Michel Floquet brasse les faits historiques, les données économiques et sociologiques, pour « voir l'Amérique comme elle est ». Car un constat s'impose : depuis leur fondation génocidaire, les Etats-Unis demeurent une terre d'injustice.

Quelques exemples. De nos jours, 160 000 familles concentrent près du quart de la richesse nationale.

  • les 400 individus les plus fortunés ont vu leur patrimoine croître de 50 milliards de dollars l'année dernière.
  • Réservées à une petite élite, les fameuses universités cohabitent avec un système scolaire marqué par 50% d'échec; contraints de s'acquitter de frais d'inscription qui ont augmenté de 440% en vingt-cinq ans, les étudiants totalisaient au 1er janvier 2015 une dette de 1160 milliards de dollars, et une part non négligeable de ces jeunes s'agrégera aux 50 millions de pauvres dont certains, tributaires d'emplois sous-payes, dorment dans leur voiture.
  • L'Etat engloutit la moitié de son budget dans la défense laisse des dizaines de milliers de vétérans se réfugier sous l'un ou l'autre des 70 000 ponts nécessitant des réparations urgentes.
  • agriculture hors limite dont 40% de la production annuelle est jetée, ou d'une surexploitation ancestrale de la nature qui conduit à raser des montagnes et à détruire les sols. « Folie consommatrice »,
  • bureaucratie toxique,
  • judiciarisation extrême faisant la fortune d'avocats surreprésentés en politique,
  • «patriotisme idiot des journaux télévisés »,
  • surveillance électronique généralisée aussi inefficace en matière d'antiterrorisme que redoutable pour persécuter des journalistes et leurs informateurs,
  • prisons privées bourrées au moyen d'une approche ultrarépressive portée par le lobby des groupes pénitentiaires,
  • libre circulation des armes irréformable,
  • état de guerre permanent et complexe militaro-industriel à l'avenant,
  • obscurantisme,
  • flots de bavures jamais punies ou racisme séculaire apparaissent comme des tendances lourdes.

Si la plupart de ces faits sont connus, Floquet leur redonne une forme de « logique » propre à ce système mû par un cynisme absolu : « De Wounded Knee [lieu d'un massacre d'Indiens, NDLR] à Guantânamo, tout est toujours fait dans les formes, dans la légalité. Implacable. Au nom du droit, de la liberté et de la démocratie. » Et de citer Tocqueville observant déjà qu'« au milieu de cette société si policée, si prude, si pédante de moralité et de vertu, on rencontre une insensibilité complète, une sorte d'égoïsme froid et implacable lorsqu'il s'agit des indigènes ». « La tentation totalitaire a toujours été là, tapie derrière un contrôle social pesant, un amour de l'ordre et de la délation jamais pris en défaut », juge l'auteur. Aujourd'hui, nombre de symptômes qu'il décrit ont gagné l'Europe, notamment la France : en cela, Floquet ferait presque figure de lanceur d'alerte

 • Triste Amérique. le vrai visage des États-Unis». par Michel Floquel.les Arènes.