|
Article Ouest-France du 19-20 avril 2008
Les résidus de pesticides dans le
vin.
"L'association Pan-Europe tire la sonnette d'alarme : les produits
chimiques de traitement des vignes se retrouvent - en partie - dans les
bouteilles.
Les amateurs de vin doivent-ils s'inquiéter du contenu de leur bouteille? À
Bruxelles, le 26 mars, Pan-Europe, le réseau européen d'action contre les
pesticides, tenait une conférence de presse au Parlement européen. Cette
organisation a fait analyser, par des laboratoires agréés, quarante
bouteilles de vin (trente-quatre vins issus de l'agriculture conventionnelle
et six vins issus de l'agriculture biologique). Les vins proviennent
d'Europe et du monde entier. Treize échantillons ont été produits en France
(Bourgogne et Bordeaux).
Treize ans de surveillance des résidus
Résultat? «100% des vins conventionnels testés sont contaminés par des
résidus de pesticides». Les vins bio s'en sortent mieux: un seul
échantillon contaminé, « par dérive de pesticides en provenance d'un champ
voisin».
«Les pesticides sont présents dans les produits agricoles, mais aussi dans
les produits transformés, » indique François Veillerette, président du
Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MRDGF), une
des associations de Pan Europe. « Nos résultats sont en cohérence avec une
étude du ministère de l'Agriculture. »
Paru en 2005, ce pavé de 175 pages s'appuie sur treize années de
surveillance des résidus en viticulture et sur 2300 échantillons de raisin
analysés. Les analyses détectent la présence de molécules pesticides dans la
moitié des échantillons. Ils persistent dans 60% des vins fabriqués à partir
de ces raisins. Les doses de pesticides dans les raisins sont inférieures
aux limites maximales résiduelles. Les dépassements sont l'exception (0,3 %
des analyses). Conséquence: les vins sont conformes à la réglementation et
sont propres à la consommation. Ces résultats sont diversement interprétés.
« II n'y a pas de risque pour le consommateur, affirme la filière viticole,
par l'intermédiaire de l'Institut français de la vigne et du vin. Les
teneurs décelées dans les vins sont nettement inférieures aux limites
maximales résiduelles du raisin. Elles ne risquent pas d'entraîner de
dépassement de la dose journalière admissible. »
Au contraire, les associations
environnementalistes de Pan Europe tirent la sonnette d'alarme. Certes,
admettent-elles, «les échantillons analysés ne dépassent pas les limites
maximales autorisées». Mais « les niveaux de contamination observés dans le
vin sont considérablement plus élevés que les niveaux tolérés pour les
pesticides dans l'eau du robinet. »
Eau et vin : deux poids, deux mesures
"Sur les quarante vins analysés par Pan
Europe, le record est détenu par un vin chilien : avec une teneur en
pesticides de 0,58 mg/l, il dépasse de 5 800 fois
la concentration maximale admissible de pesticides dans l'eau !
Un grand cru bordelais la dépasse de 3000 fois ! À l'autre bout de
l'échelle, un modeste bourgogne limite la casse avec un très faible niveau
de contamination. Pan Europe s'inquiète aussi des cocktails de molécules : «
Chaque échantillon testé contient en moyenne plus de quatre résidus de
pesticides différents. » Un vin allemand réussit l'exploit de mélanger dix
pesticides !
Fixer une valeur limite
Les associations environnementales craignent pour la santé des agriculteurs
utilisateurs de produits phytosanitaires et celle des consommateurs : « De
nombreuses molécules sont classées par là réglementation européenne comme
cancérigènes possibles ou probables, toxiques du développement ou de la
reproduction, perturbateurs endocriniens ou neurotoxiques.» Elles pointent
du doigt l'utilisation
Les vins dépassent souvent de beaucoup les seuils de concentration en
pesticides, admissibles pour l'eau.
massive de pesticides: selon la Commission européenne, la viticulture
européenne - 3,5% de la surface agricole européenne - absorbe 15% des
volumes de pesticides de synthèse.
Aussi, réclament-elles un durcissement de la réglementation européenne,
jugée trop laxiste et trop floue: «Nous demandons à Bruxelles de fixer une
valeur limite des pesticides dans le vin sur des bases ambitieuses»,
revendique François Veillerette. La filière viticole se dit prête à faire un
effort: «Nous adhérons à l'objectif du Grenelle de l'environnement: diminuer
de moitié le recours aux produits phyto pharmaceutiques dans les dix
prochaines années», annonce l'Institut français de la vigne et du vin.
Xavier BONNARDEL. (avec Mathieu ROBERT)
Les pays concernés par l'étude
Les quarante bouteilles proviennent des pays suivants : France, Autriche,
Allemagne, Italie, Portugal, Afrique du Sud, Australie, Chili."
|